ACADEMY · PERFORMANCES HUMAINES · MODULE 02
Leçon

Hypoxie, hyperventilation et mal de décompression

Manque d'oxygène en altitude, respiration excessive et bulles d'azote dans le sang.

Le module précédent a montré que la pression partielle d'oxygène chute avec l'altitude. Ce module traite des trois conséquences directes de cette chute — ou de la réaction du corps face à elle — que tout pilote doit savoir reconnaître et traiter : l'hypoxie, l'hyperventilation, et le mal de décompression.

L'hypoxie, le manque d'oxygène

L'hypoxie est la condition physique dans laquelle l'apport d'oxygène ne suffit plus aux besoins du corps. En vol, sa forme la plus fréquente est l'hypoxie dite « hypoxique », causée directement par l'altitude. Elle touche tous les occupants d'un avion volant au-dessus de 10 000 ft sans oxygène supplémentaire, et son apparition est d'autant plus rapide et sévère que l'altitude est élevée.

AltitudeBesoin en oxygène
Jusqu'à 10 000 ftAir ambiant suffisant
10 000 à environ 33 700 ftMélange air/oxygène supplémentaire
Environ 33 700 à 40 000 ftOxygène à 100 %
Au-delà de 40 000 ftOxygène à 100 % sous pression

Plusieurs facteurs aggravent l'hypoxie : l'activité physique, le froid ou la chaleur extrêmes, l'alcool, et le tabac — un fumeur régulier peut ressentir les effets de l'hypoxie 4 000 à 5 000 ft plus bas qu'un non-fumeur, car le monoxyde de carbone de la fumée réduit la capacité du sang à transporter l'oxygène.

Les symptômes de l'hypoxie

Un des pièges de l'hypoxie est qu'elle produit souvent, dans un premier temps, une sensation d'euphorie qui masque le danger. Les symptômes qui suivent incluent : une altération du jugement, des maux de tête, des picotements dans les mains et les pieds, une hyperventilation réflexe, une perte de coordination musculaire, une perte de sensations, une vision en tunnel, une altération de la conscience, et une cyanose (coloration bleutée des lèvres et des extrémités).

Important

Dès qu'une hypoxie est suspectée, la conduite à tenir est immédiate : administrer de l'oxygène si disponible, et descendre sans délai sous 10 000 ft, tout en respectant les altitudes minimales de sécurité. Attendre une confirmation du diagnostic avant d'agir revient à laisser le jugement du pilote continuer à se dégrader pendant qu'il hésite.

L'hyperventilation

L'hyperventilation se définit simplement comme une respiration excessive par rapport aux besoins du corps. Elle évacue le dioxyde de carbone du sang plus vite qu'il ne s'y forme, ce qui perturbe le mécanisme normal de régulation de la respiration. À basse altitude, où l'hypoxie peut raisonnablement être écartée, les causes les plus fréquentes sont l'anxiété, le mal des transports, un choc émotionnel, les vibrations, la chaleur, un facteur de charge (g) élevé, ou la respiration sous pression.

Ses symptômes se recoupent largement avec ceux de l'hypoxie : respiration rapide et visible, vertiges, sensation d'irréalité, picotements (surtout aux extrémités et aux lèvres), troubles visuels (vision floue, en tunnel ou trouble), anxiété, perte de coordination musculaire, accélération du rythme cardiaque, et dans les cas sévères, spasmes musculaires puis perte de connaissance.

Symptômes ambigus en vol (picotements, vision trouble, confusion) Sous 10 000 ft Supposer une hyperventilation : rassurer, ralentir et approfondir la respiration Au-dessus de 10 000 ft Supposer une hypoxie : oxygène immédiat et descente sous 10 000 ft
Hypoxie et hyperventilation partagent de nombreux symptômes, souvent difficiles à distinguer en vol : au-dessus de 10 000 ft, on suppose toujours le pire — l'hypoxie — et on agit en conséquence.

Traiter une hyperventilation consiste à rassurer la personne affectée et à l'aider à ralentir volontairement sa respiration ; respirer dans un sac en papier peut aider à restaurer le taux de dioxyde de carbone dans le sang. Mais cette méthode ne doit jamais être utilisée par réflexe : au-dessus de 10 000 ft, il faut toujours traiter en priorité l'hypothèse la plus dangereuse, l'hypoxie.

Bon à retenir

L'hypoxie peut provoquer une hyperventilation réflexe, mais l'inverse n'est pas vrai : l'hyperventilation a de nombreuses causes indépendantes de l'altitude (anxiété, chaleur, vibrations). Administrer de l'oxygène ne traite donc une hyperventilation que si elle est elle-même causée par un manque d'oxygène.

Le mal de décompression

Au niveau du sol, l'azote reste dissous dans le sang sans jouer de rôle physiologique actif. Mais si la pression ambiante chute rapidement, cet azote peut ressortir de la solution sous forme de petites bulles dans le sang et les tissus — un phénomène comparable à l'ouverture d'une bouteille de boisson gazeuse. C'est le mal de décompression. Il est peu probable en dessous de 18 000 ft et pratiquement jamais rencontré sous 14 000 ft en exposition brève, ce qui le rend rare pour la plupart des vols en aviation légère non pressurisée.

Zone touchéeSymptôme
ArticulationsBends — douleurs rhumatismales, surtout épaules, poignets, genoux
PeauCreeps — sensation de fourmillement, comme des insectes sous la peau
Système respiratoireChokes — essoufflement et douleur thoracique brûlante
CerveauStaggers — troubles neurologiques et de la coordination

Le risque principal pour un pilote d'aviation légère ne vient pas de l'altitude de vol elle-même, mais de la plongée sous-marine pratiquée peu avant de voler : l'air comprimé respiré en plongée augmente la quantité d'azote dissous dans le corps, qui peut ressortir de solution à l'ascension — d'abord vers la surface, puis à nouveau en prenant de l'altitude en avion.

Astuce

AElog permet de noter la date et l'heure de vos plongées dans votre carnet, à côté de vos vols — un repère simple pour vérifier d'un coup d'œil que le délai minimal avant de reprendre l'air est bien respecté.

La règle pratique à retenir : ne pas voler dans les 12 heures suivant une plongée à l'air comprimé, et attendre 24 heures si la plongée a dépassé 30 ft (9 m) de profondeur ou a nécessité un palier de décompression.

Exercice guidé

Vous volez à 12 000 ft sans oxygène supplémentaire depuis une vingtaine de minutes. Vous ressentez des picotements dans les mains et une vision légèrement trouble. S'agit-il probablement d'hypoxie ou d'hyperventilation, et que devez-vous faire ?

Vérifiez vos connaissances

Cliquez sur une réponse pour voir si elle est correcte.

Question 1

Pourquoi un fumeur régulier peut-il ressentir les effets de l'hypoxie à une altitude plus basse qu'un non-fumeur ?

Question 2

Quelle est la conduite à tenir dès qu'une hypoxie est suspectée en vol ?

Question 3

Face à des symptômes ambigus (picotements, vision trouble) au-dessus de 10 000 ft, quelle hypothèse doit-on toujours privilégier ?

Question 4

Que provoque le mal de décompression ?

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