Hypoxie, hyperventilation et mal de décompression
Manque d'oxygène en altitude, respiration excessive et bulles d'azote dans le sang.
Le module précédent a montré que la pression partielle d'oxygène chute avec l'altitude. Ce module traite des trois conséquences directes de cette chute — ou de la réaction du corps face à elle — que tout pilote doit savoir reconnaître et traiter : l'hypoxie, l'hyperventilation, et le mal de décompression.
L'hypoxie, le manque d'oxygène
L'hypoxie est la condition physique dans laquelle l'apport d'oxygène ne suffit plus aux besoins du corps. En vol, sa forme la plus fréquente est l'hypoxie dite « hypoxique », causée directement par l'altitude. Elle touche tous les occupants d'un avion volant au-dessus de 10 000 ft sans oxygène supplémentaire, et son apparition est d'autant plus rapide et sévère que l'altitude est élevée.
| Altitude | Besoin en oxygène |
|---|---|
| Jusqu'à 10 000 ft | Air ambiant suffisant |
| 10 000 à environ 33 700 ft | Mélange air/oxygène supplémentaire |
| Environ 33 700 à 40 000 ft | Oxygène à 100 % |
| Au-delà de 40 000 ft | Oxygène à 100 % sous pression |
Plusieurs facteurs aggravent l'hypoxie : l'activité physique, le froid ou la chaleur extrêmes, l'alcool, et le tabac — un fumeur régulier peut ressentir les effets de l'hypoxie 4 000 à 5 000 ft plus bas qu'un non-fumeur, car le monoxyde de carbone de la fumée réduit la capacité du sang à transporter l'oxygène.
Les symptômes de l'hypoxie
Un des pièges de l'hypoxie est qu'elle produit souvent, dans un premier temps, une sensation d'euphorie qui masque le danger. Les symptômes qui suivent incluent : une altération du jugement, des maux de tête, des picotements dans les mains et les pieds, une hyperventilation réflexe, une perte de coordination musculaire, une perte de sensations, une vision en tunnel, une altération de la conscience, et une cyanose (coloration bleutée des lèvres et des extrémités).
Dès qu'une hypoxie est suspectée, la conduite à tenir est immédiate : administrer de l'oxygène si disponible, et descendre sans délai sous 10 000 ft, tout en respectant les altitudes minimales de sécurité. Attendre une confirmation du diagnostic avant d'agir revient à laisser le jugement du pilote continuer à se dégrader pendant qu'il hésite.
L'hyperventilation
L'hyperventilation se définit simplement comme une respiration excessive par rapport aux besoins du corps. Elle évacue le dioxyde de carbone du sang plus vite qu'il ne s'y forme, ce qui perturbe le mécanisme normal de régulation de la respiration. À basse altitude, où l'hypoxie peut raisonnablement être écartée, les causes les plus fréquentes sont l'anxiété, le mal des transports, un choc émotionnel, les vibrations, la chaleur, un facteur de charge (g) élevé, ou la respiration sous pression.
Ses symptômes se recoupent largement avec ceux de l'hypoxie : respiration rapide et visible, vertiges, sensation d'irréalité, picotements (surtout aux extrémités et aux lèvres), troubles visuels (vision floue, en tunnel ou trouble), anxiété, perte de coordination musculaire, accélération du rythme cardiaque, et dans les cas sévères, spasmes musculaires puis perte de connaissance.
Traiter une hyperventilation consiste à rassurer la personne affectée et à l'aider à ralentir volontairement sa respiration ; respirer dans un sac en papier peut aider à restaurer le taux de dioxyde de carbone dans le sang. Mais cette méthode ne doit jamais être utilisée par réflexe : au-dessus de 10 000 ft, il faut toujours traiter en priorité l'hypothèse la plus dangereuse, l'hypoxie.
L'hypoxie peut provoquer une hyperventilation réflexe, mais l'inverse n'est pas vrai : l'hyperventilation a de nombreuses causes indépendantes de l'altitude (anxiété, chaleur, vibrations). Administrer de l'oxygène ne traite donc une hyperventilation que si elle est elle-même causée par un manque d'oxygène.
Le mal de décompression
Au niveau du sol, l'azote reste dissous dans le sang sans jouer de rôle physiologique actif. Mais si la pression ambiante chute rapidement, cet azote peut ressortir de la solution sous forme de petites bulles dans le sang et les tissus — un phénomène comparable à l'ouverture d'une bouteille de boisson gazeuse. C'est le mal de décompression. Il est peu probable en dessous de 18 000 ft et pratiquement jamais rencontré sous 14 000 ft en exposition brève, ce qui le rend rare pour la plupart des vols en aviation légère non pressurisée.
| Zone touchée | Symptôme |
|---|---|
| Articulations | Bends — douleurs rhumatismales, surtout épaules, poignets, genoux |
| Peau | Creeps — sensation de fourmillement, comme des insectes sous la peau |
| Système respiratoire | Chokes — essoufflement et douleur thoracique brûlante |
| Cerveau | Staggers — troubles neurologiques et de la coordination |
Le risque principal pour un pilote d'aviation légère ne vient pas de l'altitude de vol elle-même, mais de la plongée sous-marine pratiquée peu avant de voler : l'air comprimé respiré en plongée augmente la quantité d'azote dissous dans le corps, qui peut ressortir de solution à l'ascension — d'abord vers la surface, puis à nouveau en prenant de l'altitude en avion.
AElog permet de noter la date et l'heure de vos plongées dans votre carnet, à côté de vos vols — un repère simple pour vérifier d'un coup d'œil que le délai minimal avant de reprendre l'air est bien respecté.
La règle pratique à retenir : ne pas voler dans les 12 heures suivant une plongée à l'air comprimé, et attendre 24 heures si la plongée a dépassé 30 ft (9 m) de profondeur ou a nécessité un palier de décompression.
Vous volez à 12 000 ft sans oxygène supplémentaire depuis une vingtaine de minutes. Vous ressentez des picotements dans les mains et une vision légèrement trouble. S'agit-il probablement d'hypoxie ou d'hyperventilation, et que devez-vous faire ?
Noter que ces symptômes (picotements, vision trouble) sont communs à l'hypoxie et à l'hyperventilation : ils ne permettent pas, à eux seuls, de trancher.
Noter l'altitude : 12 000 ft, au-dessus du seuil de 10 000 ft.
Appliquer la règle de sécurité : au-dessus de 10 000 ft, toujours supposer l'hypothèse la plus dangereuse, l'hypoxie.
Il faut agir immédiatement comme s'il s'agissait d'une hypoxie : administrer de l'oxygène supplémentaire si disponible, et descendre sans délai sous 10 000 ft, en tenant compte des altitudes minimales de sécurité de la zone.
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Pourquoi un fumeur régulier peut-il ressentir les effets de l'hypoxie à une altitude plus basse qu'un non-fumeur ?
Le monoxyde de carbone inhalé en fumant se fixe sur l'hémoglobine à la place de l'oxygène, réduisant la capacité du sang à le transporter — un fumeur régulier peut ressentir l'hypoxie 4 000 à 5 000 ft plus bas qu'un non-fumeur.
Quelle est la conduite à tenir dès qu'une hypoxie est suspectée en vol ?
Dès qu'une hypoxie est suspectée, il faut administrer de l'oxygène si disponible et descendre sans délai sous 10 000 ft — le jugement du pilote se dégrade tant que rien n'est fait.
Face à des symptômes ambigus (picotements, vision trouble) au-dessus de 10 000 ft, quelle hypothèse doit-on toujours privilégier ?
Au-dessus de 10 000 ft, on suppose toujours l'hypothèse la plus dangereuse — l'hypoxie — et on agit en conséquence, quitte à se tromper par excès de prudence.
Que provoque le mal de décompression ?
Une chute rapide de la pression ambiante peut faire ressortir l'azote dissous dans le sang sous forme de bulles — un mécanisme comparable à l'ouverture d'une boisson gazeuse.