ACADEMY · PERFORMANCES HUMAINES · MODULE 05
Leçon

Voler en bonne santé

Aptitude médicale, médicaments, alcool et fatigue.

Un certificat médical valide atteste d'une aptitude générale à voler, délivrée à un instant donné. Mais l'aptitude à effectuer ce vol précis, aujourd'hui, ne se lit sur aucun document : c'est au pilote seul d'en juger, avant chaque décollage, honnêtement.

L'aptitude médicale

La délivrance d'une licence de pilote privé impose la détention d'un certificat médical valide, délivré par un examinateur médical agréé. Mais ce certificat ne dispense jamais le pilote de sa propre auto-évaluation : un rhume, une nuit sans sommeil ou un traitement médicamenteux passager peuvent rendre un vol inapproprié même avec un certificat médical parfaitement valide.

Bon à retenir

Un moyen mnémotechnique bien connu du monde aéronautique, l'IMSAFE, résume les six questions à se poser avant chaque vol : Illness (maladie), Medication (médicaments), Stress, Alcohol (alcool), Fatigue, Eating (alimentation suffisante). Une seule réponse négative suffit à justifier de rester au sol.

Alcool et vol

L'alcool n'est pas digéré : il passe directement de l'estomac au sang, puis est éliminé par le foie à un rythme fixe d'environ 15 mg pour 100 ml de sang et par heure — rien n'accélère ce processus, ni le café noir, ni l'air frais, ni la nourriture. Une fois dans le sang, l'alcool agit comme un dépresseur du système nerveux et ralentit particulièrement les zones responsables de la prise de décision.

La réglementation aéronautique fixe une limite de 20 mg d'alcool pour 100 ml de sang pour un pilote — un seuil nettement plus strict que celui généralement appliqué à la conduite automobile.

Important

Ne volez jamais dans les 8 heures suivant la moindre consommation d'alcool, et prévoyez un délai plus long si la quantité consommée était importante. Par prudence, beaucoup de pilotes s'imposent une règle plus stricte encore : 24 heures sans alcool avant tout vol.

La fatigue

La fatigue diffère d'une simple lassitude passagère, qu'une bonne nuit de sommeil suffit à résoudre. Elle résulte d'un stress cumulé — manque de sommeil répété, décalage horaire, rythme de travail perturbé, difficultés personnelles prolongées — et s'installe souvent progressivement, sans que la personne concernée ne s'en rende clairement compte. Ses symptômes incluent une vigilance réduite, une coordination diminuée, des trous de mémoire, une tendance aux erreurs répétées, et des changements d'humeur.

Contrairement à une simple fatigue passagère qu'un pilote reconnaît facilement et refuse en général de voler, la fatigue chronique est insidieuse : le pilote concerné peut sincèrement se croire apte alors que ses performances sont déjà dégradées.

Médicaments et automédication

La quasi-totalité des médicaments, même vendus sans ordonnance, ont des effets secondaires susceptibles d'affecter le pilotage : somnolence, vertiges, troubles visuels, ou altération du jugement. C'est le cas de nombreux traitements contre le rhume, les allergies ou les troubles digestifs, qui contiennent des antihistaminiques ou des décongestionnants aux effets sédatifs. La règle est simple : ne jamais voler sous traitement médicamenteux sans l'accord explicite d'un médecin examinateur aéronautique — l'automédication avant un vol est une pratique risquée, précisément parce que ses effets sont difficiles à évaluer soi-même.

Les effets de l'accélération (g) sur le corps

Un facteur de charge (g) élevé et soutenu, comme lors d'un virage engagé, déplace le sang vers le bas du corps et prive progressivement le cerveau et les yeux d'un apport sanguin suffisant. Les effets apparaissent par paliers successifs à mesure que le facteur de charge augmente.

Normal Vision grise (grey-out) Vision noire (black-out) Perte de connaissance (G-LOC) ≈ 1 g ≈ 3 à 4 g ≈ 4 à 5 g > 5 g soutenus
Ces seuils varient selon la tolérance individuelle : alcool, tabac, fatigue, chaleur excessive, surpoids et toute maladie abaissent la résistance au facteur de charge.

Une accélération positive croissante réduit d'abord la vision périphérique (vision grise), puis la vision centrale (vision noire), et peut finir par provoquer une perte de connaissance complète (G-LOC) si le facteur de charge reste élevé suffisamment longtemps. À l'inverse, une accélération négative (g négatif) fait affluer le sang vers la tête : le visage rougit, les yeux peuvent sembler gonflés, et dans les cas extrêmes, on parle de vision rouge (red-out).

Astuce

AElog peut aussi servir de journal personnel discret pour noter, à côté de chaque vol, votre état du jour (sommeil, forme, éventuelle fatigue) — un repère simple pour appliquer honnêtement votre auto-évaluation avant de décoller, vol après vol.

Exercice guidé

Un vol est prévu demain matin à 8h. Ce soir, vous avez bu deux verres de vin vers 23h. Vous n'avez dormi que 5 heures, et vous vous réveillez avec un léger rhume. Devez-vous voler ?

Vérifiez vos connaissances

Cliquez sur une réponse pour voir si elle est correcte.

Question 1

Le café noir ou l'air frais permettent-ils d'accélérer l'élimination de l'alcool dans le sang ?

Question 2

Que recommande la prudence concernant l'alcool avant un vol ?

Question 3

Quelle est la règle concernant la prise de médicaments avant de voler ?

Question 4

Dans quel ordre les effets d'un facteur de charge positif croissant apparaissent-ils généralement ?

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